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Préparer une séance de coaching avec l'IA

Karamo Sylla11 min de lecture
Couverture de l’article : fond bleu nuit, le titre « Préparer une séance de coaching avec l’IA » en blanc et bleu, à droite, une fiche dont la première ligne est barrée de bleu et dont quatre lignes pleines subsistent.
Sur cette page
  1. L'essentiel
  2. Que dit le code de déontologie sur l'intelligence artificielle ?
  3. Qu'est-ce qui identifie réellement un client dans des notes de séance ?
  4. Comment préparer une séance sans rien exposer ?
  5. Que faire des notes après la séance ?
  6. Que dit le régulateur français ?
  7. Par quoi commencer cette semaine ?
  8. À lire également
  9. FAQ

Le code de déontologie de l'International Coaching Federation, approuvé par son conseil en octobre 2024 et révisé en mai 2026, consacre sa norme 2.5 aux obligations du praticien exercées directement et à travers tout système technologique qu'il peut utiliser, en citant nommément les outils de coaching assistés par la technologie, les bases de données, les plateformes, les logiciels et l'intelligence artificielle. L'annexe du même code définit l'intelligence artificielle et renvoie explicitement à cette norme. Aucune page francophone consacrée à l'IA en coaching, parmi celles que nous avons parcourues, ne cite cette norme ni cette définition.

Cette omission entretient un faux débat. La question posée dans la profession reste celle de savoir si un coach a le droit d'utiliser ces outils, alors que le code y a répondu : il l'autorise et il étend au passage l'intégralité des obligations de confidentialité à ce qui transite par eux. La vraie question, celle qui décide de ce qu'un praticien tape réellement dans une fenêtre de conversation, est ailleurs et personne ne la pose : qu'est-ce qui, dans des notes de séance, identifie un client ? La réponse surprend, parce que ce n'est presque jamais le nom.

Cet article détaille ce que le code de déontologie impose exactement, ce qui identifie réellement une personne dans des notes de coaching, la méthode de préparation qui n'expose rien avec le texte exact à copier, le sort à réserver aux notes après la séance, ce que le régulateur français a publié cet été sur les mémoires persistantes, et par quoi commencer.

L'essentiel

Le code de déontologie de l'ICF autorise explicitement l'usage de l'intelligence artificielle et lui applique l'intégralité des obligations de confidentialité, de conservation et de destruction des dossiers. La difficulté n'est donc pas déontologique mais technique : un cas de coaching est identifiant par la combinaison de ses attributs, jamais par le nom qu'on a pris soin de retirer. La méthode qui tient consiste à préparer la situation type plutôt que le client, c'est à dire à interroger l'outil sur un schéma professionnel et non sur une personne, ce qui donne d'ailleurs de meilleures réponses. Après la séance, deux réglages comptent plus que toutes les précautions de rédaction : la désactivation du bouton de retour d'expérience, et la vigilance sur la mémoire persistante, que la CNIL a identifiée le 20 juillet 2026 comme le vrai changement d'échelle du sujet.

Que dit le code de déontologie sur l'intelligence artificielle ?

Il l'autorise sans réserve et lui applique l'ensemble des obligations existantes, ce qui est à la fois plus permissif et plus exigeant que ce que la profession en dit.

2.5 Je remplis mes obligations éthiques et légales envers mes clients de coaching, mes commanditaires, mes confrères et le public en général, directement et à travers tout système technologique que je peux utiliser (c'est à dire les outils de coaching assistés par la technologie, les bases de données, les plateformes, les logiciels et l'intelligence artificielle).
International Coaching Federation, ICF Code of Ethics, section 2, approuvé en octobre 2024 et révisé en mai 2026. Traduction AI5D, texte original en anglais, 2026

L'annexe du code définit l'intelligence artificielle comme tout algorithme ou technologie fondée sur une machine permettant à des ordinateurs et à d'autres appareils numériques de simuler l'intelligence humaine et les capacités de résolution de problèmes, et renvoie à la norme 2.5. Ce n'est pas une mention incidente : la profession a choisi de nommer l'objet et de le définir plutôt que de le laisser dans le flou.

Deux autres normes de la même section pèsent lourd sur la pratique quotidienne, et elles sont plus contraignantes que la 2.5. La norme 2.1 impose de maintenir le plus haut niveau de confidentialité avec toutes les parties, quel que soit le rôle occupé, sans exception ni gradation. La norme 2.4 impose de conserver, stocker et détruire tout dossier, y compris les fichiers électroniques et les communications, d'une manière qui favorise la confidentialité, la sécurité et le respect de la vie privée, et qui respecte les lois et les accords applicables.

La combinaison des trois donne une règle simple et exigeante : un coach peut utiliser ces outils, et ce qui y transite reste soumis au plus haut niveau de confidentialité, y compris pour ce qui concerne la conservation et la destruction. Une norme complémentaire mérite d'être signalée à ceux qui délèguent leur administratif : la norme 2.6 rend le praticien responsable du respect du code par son personnel de soutien.

Qu'est-ce qui identifie réellement un client dans des notes de séance ?

La combinaison des attributs de la situation, et presque jamais le nom, ce qui rend inopérante l'anonymisation à laquelle la plupart des praticiens se fient.

Retirer le prénom et le nom d'une note donne un sentiment de sécurité que le contenu contredit immédiatement. Une note qui décrit un directeur financier d'une entreprise industrielle d'une quarantaine de personnes, dans une ville moyenne nommée, en conflit avec un fondateur sur une question de succession, désigne une personne et une seule pour quiconque connaît un peu le tissu économique local. Le nom n'apportait rien : c'est le croisement du secteur, de la taille, de la fonction, du territoire et de la nature du conflit qui identifie.

La conséquence méthodologique est nette et elle contredit le réflexe courant. Anonymiser une note revient à retirer ce qui la rend utile, et le praticien finit soit par renoncer, soit par tricher avec sa propre règle. La sortie de cette impasse n'est pas de mieux anonymiser, elle est de changer ce qu'on demande.

Comment préparer une séance sans rien exposer ?

En interrogeant la situation type plutôt que le client, ce qui protège la confidentialité et donne, accessoirement, de meilleures réponses.

Un coach qui prépare une séance ne cherche pas à ce qu'une machine lui dise ce que vit son client : il le sait déjà, et l'outil ne le saura jamais. Il cherche des angles d'entrée, des questions qu'il n'a pas pensé à poser, des schémas connus qu'il pourrait manquer, des lectures alternatives d'une situation. Or aucune de ces demandes n'exige de décrire une personne réelle : elles portent sur un motif professionnel, et un motif se décrit en abstrait.

Le déplacement est simple à opérer et il change tout. Au lieu de décrire un client, on décrit une configuration : une personne récemment promue qui exerce une autorité sur d'anciens pairs, un dirigeant qui délègue en apparence et reprend systématiquement la décision, un binôme dont l'un formule et l'autre exécute sans jamais contredire. Ces descriptions ne désignent personne, elles décrivent des situations que tout praticien reconnaît, et c'est précisément sur elles que la matière disponible est la plus riche.

La préparation par la situation type, à conserver
Tu es un partenaire de réflexion pour un coach professionnel. Tu ne connais aucun client et tu n'as pas à en connaître.

Je te décris une CONFIGURATION PROFESSIONNELLE TYPE, sans aucune personne réelle derrière.

Configuration : [décrivez le motif en abstrait, sans secteur, sans taille, sans territoire, sans événement daté. Exemple : « une personne récemment promue doit désormais arbitrer entre d'anciens pairs, et évite systématiquement les décisions qui créeraient un perdant identifiable ».]

Ce que je te demande, dans cet ordre :
1. Les trois ou quatre lectures possibles de cette configuration, y compris celles qui contredisent la lecture la plus évidente.
2. Pour chaque lecture, deux questions ouvertes que je pourrais poser, formulées telles que je les dirais.
3. Ce que cette configuration a de piégeant pour le coach lui-même : où risque-t-il de projeter, de conclure trop vite, ou de prendre parti.
4. Ce qu'il faudrait observer en séance pour départager les lectures.

Ce que tu ne fais pas : tu ne me dis pas ce que la personne ressent, tu ne poses pas de diagnostic, et tu ne me proposes pas de plan d'action. Ces trois choses m'appartiennent.

Ce texte fait un travail supplémentaire qui mérite d'être signalé : sa troisième demande porte sur les biais du coach, ce qui est exactement l'usage où un interlocuteur non impliqué a le plus de valeur, et le seul qui ne suppose aucune information sur le client.

Deux usages restent en revanche à exclure, et il vaut mieux le dire que le laisser deviner. La transcription automatique d'une séance dans un outil grand public expose l'intégralité de la parole du client, y compris ce qu'il n'a pas voulu dire, et relève d'une décision qui appartient au client et non au praticien. La production d'un compte rendu nominatif destiné à un commanditaire pose la question de la norme 2.2, qui exige un accord clair sur les informations échangées et sur la manière dont elles le sont : cet accord se règle avec les parties, jamais dans une fenêtre de conversation.

Que faire des notes après la séance ?

Deux réglages comptent plus que toutes les précautions de rédaction, et aucun des deux ne concerne le texte que vous saisissez.

Le premier est le bouton de retour d'expérience, celui qui affiche un pouce levé et un pouce baissé au bas de chaque réponse. Comme le détaille notre article sur ce que les éditeurs font de vos données professionnelles, un clic sur ce bouton envoie la conversation entière chez l'éditeur, où elle peut être conservée jusqu'à cinq ans et servir à entraîner les modèles, y compris sur une formule professionnelle où l'entraînement est désactivé par défaut. Un praticien qui a passé dix minutes à formuler prudemment sa demande peut annuler tout son effort par un clic distrait. Sur une organisation Team ou Enterprise, un administrateur peut désactiver ce bouton pour tout le monde.

Le second est la conservation. La norme 2.4 impose de conserver, stocker et détruire les dossiers d'une manière qui favorise la confidentialité, ce qui inclut les conversations tenues avec un outil. Chez Anthropic, une conversation supprimée disparaît de l'historique immédiatement et des systèmes de stockage sous trente jours, ce qui donne un repère concret à porter dans sa propre politique de conservation. Une conversation de préparation n'a aucune raison de survivre à la mission qu'elle a servie.

Un troisième point, plus insidieux, mérite d'être surveillé : la mémoire persistante. Les outils conservent désormais des préférences et des éléments de contexte d'une conversation à l'autre, ce qui est utile pour un usage bureautique et problématique pour un praticien dont chaque dossier devrait être étanche. Chez Anthropic, cette mémoire se présente depuis juillet 2026 comme un ensemble d'entrées catégorisées que l'on peut consulter et corriger, ce qui en fait un point de contrôle plutôt qu'une boîte noire. Ouvrez-la et lisez ce qui s'y trouve : c'est l'exercice le plus instructif de tout cet article.

Que dit le régulateur français ?

Que le sujet a changé de nature avec les agents et les mémoires persistantes, et il l'a écrit le 20 juillet 2026.

La CNIL et le Conseil de l'IA et du Numérique ont publié ce jour-là une note exploratoire commune consacrée à l'IA agentique et aux données personnelles. Les autorités y décrivent un changement d'échelle qui renouvelle et amplifie les risques, la circulation de données personnelles entre de nombreux services connectés, et le rôle propre de la conservation de l'historique des interactions et des mémoires persistantes dans l'augmentation du volume de données conservées sur des supports variés. Elles relèvent que ces mécanismes favorisent la création de profils hyperpersonnalisés et une autonomie décisionnelle accrue, et qu'il en résulte un risque réel de perte de maîtrise de l'utilisateur sur ses données.

Deux points de cette note concernent directement un praticien indépendant. Le premier est que le fonctionnement décentralisé de ces systèmes complique l'identification des responsabilités de chaque partie, ce qui, transposé au coaching, signifie qu'un praticien reste responsable de bout en bout sans pouvoir se retrancher derrière l'outil, exactement comme la norme 2.5 l'énonce. Le second est que les autorités concluent que les instruments européens existants s'appliquent déjà, mais que les caractéristiques propres de ces systèmes appellent une adaptation de leurs modalités de mise en œuvre. Il n'y a donc pas de texte à attendre : le cadre est là, et c'est sa déclinaison dans le cabinet qui reste à écrire.

Une dernière précision juridique, souvent escamotée : des notes portant sur une personne identifiable sont des données à caractère personnel, et le fait qu'elles soient manuscrites, brèves ou destinées au seul praticien n'y change rien. Un coach exerçant au Sénégal ou en Côte d'Ivoire relève de son autorité nationale de protection des données pour ce traitement, et du droit européen en supplément dès lors que le résultat produit est utilisé dans l'Union.

Par quoi commencer cette semaine ?

Par trois gestes, dont deux prennent moins de cinq minutes.

Ouvrez la mémoire de votre outil et lisez ce qu'elle contient. Sur les produits qui la rendent consultable, c'est l'exercice le plus révélateur, et il vous dira mieux que n'importe quel article ce que vous avez déjà déposé sans y penser.

Désactivez le bouton de retour d'expérience, ou décidez de ne jamais le toucher. C'est la seule brèche documentée dans l'engagement de non-entraînement des formules professionnelles, et elle se referme au niveau de l'organisation quand vous en avez une.

Écrivez votre clause, une fois, et mettez-la dans votre contrat. Deux phrases suffisent : ce que vous utilisez comme outils, ce qui n'y entre jamais, et ce que vous faites de vos notes. C'est le livrable qui manque à toute la profession, et le seul qui transforme une gêne en argument de sérieux devant un commanditaire. C'est aussi ce que nous construisons avec les praticiens que nous accompagnons, avant de parler d'outils.

Ce que cet article établit tient en trois lignes. Le code de déontologie a tranché en mai 2026 : l'intelligence artificielle est autorisée et intégralement soumise aux obligations de confidentialité. Le risque réel n'est pas le nom du client, c'est la combinaison d'attributs qui le désigne sans lui, et la parade n'est pas de mieux anonymiser mais de préparer la situation type plutôt que la personne. Enfin, deux réglages, le bouton de retour et la mémoire persistante, pèsent plus lourd que toutes les précautions de rédaction.

À lire également

FAQ

Un coach a-t-il le droit d'utiliser l'IA pour préparer ses séances ?

Oui. Le code de déontologie de l'ICF, révisé en mai 2026, nomme explicitement l'intelligence artificielle dans sa norme 2.5 et la définit en annexe. Il ne l'interdit pas : il étend à ce qui y transite l'ensemble des obligations éthiques et légales du praticien, notamment le plus haut niveau de confidentialité imposé par la norme 2.1.

Suffit-il de retirer le nom du client pour respecter la confidentialité ?

Non, et c'est l'erreur la plus répandue. Un cas est identifiant par la combinaison de ses attributs : fonction, secteur, taille de l'organisation, territoire, événement daté. Un directeur financier d'une entreprise de quarante personnes dans une ville nommée est identifiable sans son nom. Préparez la situation type plutôt que la personne.

Puis-je faire transcrire une séance par un outil d'IA ?

C'est une décision qui appartient au client, pas au praticien, et elle suppose l'accord clair sur les informations échangées qu'impose la norme 2.2. Une transcription expose l'intégralité de la parole du client, y compris ce qu'il n'a pas souhaité formuler. En l'absence d'accord écrit et d'un outil dont vous maîtrisez la conservation, abstenez-vous.

Combien de temps mes conversations de préparation sont-elles conservées ?

Chez Anthropic, une conversation supprimée disparaît de l'historique immédiatement et des systèmes de stockage sous trente jours. Ce repère vaut d'être porté dans votre propre politique : une conversation de préparation n'a pas de raison de survivre à la mission qu'elle a servie, et la norme 2.4 vous impose de gérer la destruction de vos dossiers.

Dois-je dire à mon client que je prépare avec l'IA ?

Rien ne l'impose en droit lorsque vous préparez seul, sans lui transmettre de contenu généré et sans qu'il interagisse lui-même avec un système. Le code, lui, valorise la clarté des accords. La position qui tient dans la durée est d'écrire deux phrases dans votre contrat, plutôt que d'improviser une réponse si la question tombe en séance.

Que change la mémoire persistante des outils ?

Elle conserve des éléments de contexte d'une conversation à l'autre, ce qui est utile en bureautique et problématique pour un praticien dont chaque dossier devrait être étanche. La CNIL et le Conseil de l'IA et du Numérique ont identifié ce mécanisme, le 20 juillet 2026, comme l'un des facteurs du changement d'échelle du sujet. Ouvrez cette mémoire, lisez-la, et videz-la.

Pour aller plus loin

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L'auteur

Karamo Sylla

Fondateur d'AI5D

Karamo Sylla est ingenieur et consultant en intelligence artificielle, fondateur d'AI5D. Il accompagne les dirigeants et les organisations d'Afrique de l'Ouest dans leur transformation par l'IA, de la strategie a l'execution, et il est le createur du Protocole AI5D.

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